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  • Laurent Nicolas

" Un oiseau né en cage pense que voler est une maladie "

Dernière mise à jour : 15 juin

Alejandro Jodorowsky


Nous vivions un contre-jour étrange, semblable sans doute à des chambres d’hôtel de gares. Les silhouettes se succèdent, apportent leurs vies et leurs bagages, se jettent dans le lit comme dans des corps. Amants, inconnus, voyageurs ; regardant tous par la même fenêtre le temps qui passe sur le trottoir de la place, la fontaine, le type qui promène son chien, la fille en vélo qui va au kebab. Les grilles qui enserrent les pieds des arbres pour qu’ils ne se sauvent pas.

Nous vivons dans ce qui semble un autre monde déjà, avec des amis qui ne reviennent jamais, des enfants qui grandissent et le calme l’après-midi lorsqu’un rayon de soleil vient balayer la chambre et qu’elle allume une cigarette. Il y a dans l’air des milliers d’étoiles de jours en grains de poussière du contre-jour. Comme dans « Le Grand Verre » de Marcel Duchamp, Mistery train de Jim Jarmush, Lyra Belacqua de la Croisée des Mondes…  C’est ce même contre-jour à notre arrivée en terre inconnue quand on se demande si l’on pourrait vivre ici, avec ce que ça impliquerait d’attaches, d’engagements, de contraintes et si nos silhouettes en mouvement pourraient les accepter ?  C’est confusément l’envie de se poser, dans un coin de chambre, prés d'un corps amoureux, d’un paysage émouvant, de reprendre une conversation que nous avons abandonnée, il y des années au cours d’un skype ou d’une expo ensemble. Un jour de neige, au musée d’art moderne. Dans les allées aux parfums étranges de lin vieilli et de vernis périmés. Les mots cachés derrière des SMS, les regards tristes inexpliqués.

Personne ne parviendrait à éclairecir tout ce qu’il y a dans ce contre-jour, ce moment est un présent qui déjà disparaît. Dans une société devenue anxieuse et paranoîde notre liberté est mise rude épreuve et souvent comparable à celle que l'on octroie au chien tenu en laisse. Nous pensons à Descartes pour nous interroger sur le libre arbitre mais il conviendrait de mettre le sujet en regard également avec les philosophes Japonais * Car au japon la question de la liberté se pose différemment et la réfelxion actuelle est que L’esprit critique est la condition de la liberté. Au Japon, le quotidien est habité par la précarité du présent. Les Japonais auraient une manière éphémère d’habiter le monde, mais sans nostalgie. La conscience qu’ils ont de ce temps éphémère leur permet d’en profiter. Donc, si nous n'avons pas totalement perdu notre esprit critique nous pourrions, dés lors, nous sentir libre et faire tout ce que nous aimons ?


Si nous pensons que notre époque de privations fait de nous des oiseaux en cage.  Ce n'est pas grave, pour y répondre de manière juste : Il convient de profiter du temps passager !  Cette légèreté est individuelle et se retrouve sans doute également dans le détachement qu'évoque l'existantialisme de Sartres et dans les théories politiques de Johann Kaspar Schmidt dit Max Stirner, En savoir plus avec l'interview de Yasuhiko Sugimara et Michel Dalissier : maître de conférences à l’Université Doshisha de Kyōto. Le podcas : Les Nouveaux chemins de la connaissance - les chemins du vendredi. Emission diffusée sur France Culture le 15.11.2013. Par Adèle Van Reeth




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