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  • Laurent Nicolas

"Un homme qui dessine n’écoute jamais"

Dernière mise à jour : 27 mai

«La vraie souffrance, après tout, n'était pas que le monde eût volé en morceaux; cette explosion était même plutôt un soulagement. La vraie souffrance était que le monde continuât d'exister, entier, ordinaire, et qu'il fallût s'acharner à y vivre. » Iris Murdoch - Le château de sable


La vraie souffrance, après tout, n'était pas que le monde eût volé en morceaux; cette explosion était même plutôt un soulagement. La vraie souffrance était que le monde continuât d'exister, entier, ordinaire, et qu'il fallût s'acharner à y vivre.

Recherche personelle, Acyilique sur toile 80 x 80 - 2022/2024

Elle a poussé la porte de l’appartement pour aller au travail et en abaissant la poignée son geste lui rappelle le grincement de celle de chez ses parents, quand elle partait au collège, de l’escalier de l’immeuble, des enfants qui pleuraient à l’étage au-dessus quand leur père leur criait : je t’aime. Par chance, elle, ses parents ne l’avaient jamais grondée, ni regardée, ni écoutée, trop occupés à manger devant la télé.

Elle a raconté à cet homme sans âge sur le quai du RER tandis qu’elle attendit le train en retard. Contournant ses propres peurs, elle lui avait parlé, car il dessinait, « un homme qui dessine n’écoute jamais, c’est comme parler seule, pour soi même, mais avec quelqu’un à côté pour ne pas avoir l’air d’une folle », s’était-elle dit en souriant. Alors, elle a raconté sa vie boursouflée de sentiments bien rangés dans les tiroirs des meubles Ikea, elle est bavarde de cette rencontre comme un adultère fait au quotidien. Ils ont bu un café au bar de la mairie, car le train n’est jamais arrivé. Les employés de la commune taillaient des haies de lauriers et de troènes laissant les branches tomber sur la route dans un parfum d'été.

Elle n’était pas allée au bureau, persuadée que personne ne remarquerait son absence.

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