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  • Laurent Nicolas

KALINYCHTA AND HAPPY HOUR !





Alors qu’il vivait à Paris dans le début du nouveau siècle, notre narrateur allait parfois déjeuner Boulevard de Ménilmontant avec ceux que l’on appelait la bande du Zagros. Quelle bonne humeur que de croiser ici quelques passionnés d’histoire, de géopolitique, d’éditions anciennes d'auteurs confidentiels. Les conversations allaient bon train et il flottait dans l’air une étrange douceur digne d’un vent épris de sable. Les mots étaient comme des balles qu’une bande de chats facétieux se seraient jetées les uns aux autres.Marc en fut l’un des convives réguliers, haut en couleur : éditeurs, passionné de littérature, ses combats semblaient moins l’amuser que la raison pour laquelle ils étonnaient son auditoire.

Tout à coup la frontière du Guatemala. Marc racontait les femmes et les hommes autant que ces régions montagneuses et la forêt tropicale dense parsemées de sites archéologiques mayas et de légendes. Le restaurant semblait un navire au port. il y avait à bord quelques gentils garçons qui avaient fait quelques années de ratières pour de la fausse monnaie, mais aussi de vieux brisecards, de ceux qui quittent l’école à 16 ans, imprimeurs aux falanges raccourcies par les machoires des machines, ils auraient du être profs de fac tant leurs conversations sur Socrates ou sur la mélodie d’une presse Heidelberg sentaient bon l’encre dont on fait les idées. Heureusement le médecin de quart sonnait la cloche pour l’heure d’une seconde tournée qui ramenait tout le monde à terre.

Au fil des semaines et des conversations Marc, nourrit en secret avec notre narrateur le rêve fou d’aller prendre leur retraite à Tonnerre. Jolie bourgade de Bourgogne située dans le département de l'Yonne. Outre son nom trépidant, Marc racontait que la commune eu la sagesse d’offrir pour l’euro symbolique quelques bâtisses afin de repeupler son centre-ville en décroissance. Quel joli mot aux oreilles de Marc qui parvint à convaincre presque tout le monde. Finir leur vie à Tonnerre tous ensemble les amusait beaucoup. Il n'en fut rien.

Le hasard en a décidé autrement : l’aventurier du Chiapas, le héros de la rue des cascades, a malencontreusement glissé au cours d’une soirée arrosée dans un squat historique en Grèce. En juin dernier. Le jeune homme est tombé le nez dans le ruisseau, il n’avait que 70 piges - c’est dire s’il avait encore le temps de penser à sa retraite. Marc, l’anationaliste sera donc enterré en Crète, là-bas ou ailleurs… Les philosophes ont décidément un goût immodéré et quelque peu présomptueux pour la terre hellénique.

Notre narrateur apprit la nouvelle tandis qu’il roulait sur l’interstate 15. Il convoyait, pour une amie des chevaux entre l’Alberta et le Montana en cette fin de saison de rodéo. Sous le choc, il s’arrêta dans un bar à Lethbridge. Ce jour-là, alors qu’il pensait que depuis la fin du confinement ses interactions sociales étaient toujours aussi inexistantes. Il s’installa au comptoir en se remémorant cette époque parisienne qui lui semblait un autre monde, presque une autre planète… Il demanda qu’on lui serve quelque chose de fort. Son accent français fit sourire les clients.

La serveuse se mit à raconter qu’elle était allée en Europe pour son voyage de noces. Le narrateur, poli lui demanda ce qu’elle en avait pensé et elle répondit juste : « Il faisait beau la journée et pleuvait tous les soirs, mais en fait, cela ne nous a pas gênés, car de toute façon on devait rentrer à cause du couvre-feu. » Puis, avec un délicieux sourire, elle lui servit un café !

 

 

 

 

N. B. Toute ressemblance dans ce récit avec des personnages réels  ou qui existeront un jour est pur hasard. Comme d'habitude.  LeMonde disparitions/article/2021/06/14/marc-tomsin-

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