A propos de l’auteur :
Laurent Nicolas est plasticien, proche de la figuration narrative. En parallèle de ce travail de témoignage visuel, Laurent Nicolas écrit de courts récits, offrant un prolongement littéraire à sa démarche plastique.
Elle s’était assise à l’ombre d’un perron de bois face aux quais. Elle avait allumé une cigarette puis elle regarda cet homme debout en contre-jour.
C’est ce genre de petite cité oubliée au bout d’une route, où l’on échoue, car le bitume s’arrête face à la mer. Plus par disgrâce que par choix.
Il marche avec la chienne le long de la Rivière Rouge. Il se dit que la meilleure façon de comprendre ceux qui ne parlent pas sa langue est de les observer, mais parfois il lui semble que la banalité s’est imprimée de manière universelle, comme le gris des façades de leurs résidences ici pourrait être ailleurs, des vécus interchangeables. Il préfère immédiatement chasser cette pensée d’une tristesse affligeante de sa mémoire. Mais est-ce possible ?
Elle pensait que le crépuscule en mourant emportait tout sur son passage, les perspectives, les formes et la lumière. Une nuée d’insectes fous auréolait la moindre lampe en quelques instants, c’était l’heure où venaient, sans surprise, des ombres longues, étirées et fuyantes vers leur logis mal éclairé.
Épictète souligne que le stoïcisme est « la vertu suffisante pour le bonheur » et il pense qu’un sage devrait être émotionnellement résistant au malheur... " Nous sommes libres de nos actes mais en revanche tout ce qui n'en dépend pas peut nous rendre facilement faibles face aux situations rencontrées. C'est pourquoi la seule chose que nous pouvons maîtriser, d'après les stoïciens, c'est notre attitude intérieure face à cela. "
"La première fragilité de l’artiste est celle-ci : il fait partie d’un monde qui change, mais lui-même change aussi ; c’est banal, mais pour l’artiste, c’est vertigineux ; car il ne sait jamais si l’œuvre qu’il propose est produite par le changement du monde ou par le changement de sa subjectivité... cette relativité du Temps." …
Roland Barthes
"Ce que j'aime, c'est partir, prendre la route.
L'espace, le présent, l'oubli. La route c'est moi, c'est un serpent, et le chemin étendu derrière moi c'est mon ancienne peau que j'abandonne, encore. la route c'est ma vie, me défaire continuellement de mes enveloppes, m'extraire de moi pour renaître neuve, brillante, donner le jour à l'inconnue qui veille en moi, à fleur de peau, dans l'attente de sa libération."
Alina Reyes
À la tombée des ombres, lorsque se glisse un léger vent de mer, bien après que les derniers baigneurs aient quitté le rivage, lorsque le ciel plonge dans l’océan indien le soleil habille d’ocre rouge les dernières silhouettes.La fin la journée s’offre lentement, identique, mais à chaque fois unique. Lorsque l’on n’osent plus parler. Il faut se séparer des heures, des minutes et des horaires des avions qui coupent les vies en deux.