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  • Laurent Nicolas

Le soleil habille d’ocre rouge les dernières silhouettes.

Dernière mise à jour : 16 juin


" Des années après la guerre, après les mariages, les enfants, les divorces, les livres, il était venu à Paris avec sa femme. Il lui avait téléphoné. C'est moi. Elle l'avait reconnu dès la voix. Il avait dit: je voulais seulement entendre votre voix. Elle avait dit: c'est moi, bonjour. Il était intimidé, il avait peur comme avant. Sa voix tremblait tout à coup. Et avec le tremblement, tout à coup, elle avait retrouvé l'accent de la Chine. Il savait qu'elle avait commencé à écrire des livres, il l'avait su par la mère qu'il avait revue à Saigon. Et aussi pour le petit frère, qu'il avait été triste pour elle. Et puis il n'avait plus su quoi lui dire. Et puis il le lui avait dit. Il lui avait dit que c'était comme avant, qu'il l'aimait encore, qu'il ne pourrait jamais cesser de l'aimer, qu'il l'aimerait jusqu'à sa mort ." Marguerite Duras - L'amant .


Etude pesonelle acrylique sur toile 80 X 80 cm

À la tombée des ombres, lorsque se glisse un léger vent de mer, bien après que les derniers baigneurs aient quitté le rivage, lorsque le ciel plonge dans l’océan indien : le soleil habille d’ocre rouge les dernières silhouettes.

La fin la journée s’offre lentement à nous, identique, mais à chaque fois unique. Nous n’osons plus parler. Il faut se séparer des heures, des minutes et des horaires des avions qui coupent les vies en deux.

L’après-midi, ils avaient nagé dans l’onde fraîche d’une cascade, brassant sans bruit côte à côte, à soupeser du regard ce temps qui les rapprochait et constater que leurs mouvements s’accordaient sans réserve. Puis reprenant pied sous les pétales de pluie, ils s’étaient souri. S’étaient-ils embrassés ? Rien ne le dit.

Remontant vers le nord, ils avaient ensuite décidé de s’arrêter à l’Hermitage et assis sur le sable à l’ombre des filaos. Faisant tarder l’heure des adieux .

Le coucher de soleil allait donc scellé cette proximité au point de non-retour, collés l’un à l’autre, elle avait posé sa tête sur son épaule et son geste devenait la douloureuse démonstration d’une vie qui étire les êtres loin les uns des autres. Les voyages lui permettaient toujours de considérer la vie avec plus d’objectivité, de constater avec certitude que l’écriture d’une silhouette qui s’éloigne resterait à jamais un monde à explorer, une vie entière qui n’aurait pas le droit de se dérouler. Une profonde douleur que l’on porte jusqu’à la porte d’embarquement avec pourtant un sourire un peu idiot d'en être tous les deux, désormais, les seuls détenteurs. Je suis assis à coté de lui dans le fauteuil coté hublo du dernier vol de retour pour l'île Maurice. il m'a raconté sa journée, ne pouvant sans doute la garder pour lui et avouant que le poids de la famille et des cultures l'oblige à taire les détails de cette avanture. Il ne pourra jamais revoir cette fille, ni jamais lui avouer son amour. Je lui promet le plus grand secret en retour. Avec le temps pourtant je n'arrive plus à oublier ce récit et j'y repense à chaque fois que je vois deux idiots d'amoureux s'embrasser sur cette maudite plage de l'Hermitage au couché du soleil..


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